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Office.eu lance une suite bureautique à La Haye

· VaultTools

Office.eu s'est lancé le 4 mars 2026 comme alternative entièrement européenne à Microsoft 365 et Google Workspace, avec toutes les données stockées exclusivement dans des infrastructures UE. Gartner prévoit que les investissements européens dans le cloud souverain vont presque tripler d'ici 2027. Le moteur : une incompatibilité juridique structurelle entre les fournisseurs cloud américains et le RGPD.

VaultTools · 20 mars 2026

Un globe numérique lumineux avec des connexions réseau, symbolisant la souveraineté des données et l'infrastructure cloud internationale. Photo de NASA sur Unsplash

Table des matières


Ce Qui A Été Lancé

Le 4 mars 2026, Office.eu a été lancé publiquement depuis La Haye, aux Pays-Bas. La plateforme regroupe l’édition de documents, les tableurs, les présentations, le stockage de fichiers, la messagerie, les calendriers et les réunions vidéo, construite sur des fondations open source et opérée entièrement au sein d’infrastructures européennes.

Près de 15 000 organisations ont demandé un accès anticipé avant le lancement public. La disponibilité générale est prévue pour le deuxième trimestre 2026. Le projet est explicitement positionné comme une alternative à Microsoft 365 et Google Workspace pour les utilisateurs européens qui ont besoin que leurs données restent hors de la juridiction américaine.

Le Problème Du CLOUD Act

Le CLOUD Act américain, adopté en 2018, autorise les forces de l’ordre américaines à contraindre les fournisseurs cloud à siège américain à remettre des données stockées sur leurs serveurs, indépendamment de l’emplacement physique de ces serveurs. Cela s’applique à Microsoft, Google, Amazon et toute autre entreprise américaine, même lorsque les données sont stockées dans des centres de données de l’UE.

Cela crée un conflit direct avec le RGPD. Les organisations européennes utilisant des services cloud américains pour stocker des documents, des e-mails ou des fichiers se trouvent dans une situation où deux régimes juridiques revendiquent simultanément l’autorité sur les mêmes données. Les autorités européennes de protection des données ont signalé de plus en plus clairement que cette tension ne peut être résolue simplement en choisissant un centre de données européen au sein d’un cloud détenu par une entreprise américaine.

The Register a documenté en janvier 2026 un exode accéléré d’entreprises européennes des fournisseurs cloud américains, poussé par cette incompatibilité structurelle. Office.eu a été conçu spécifiquement pour se placer en dehors de ce conflit, en situant l’ensemble de la pile — propriété, infrastructure et juridiction — au sein de l’UE.

L’ampleur Du Basculement

Le 9 février 2026, Gartner a publié des chiffres sur les investissements européens dans le cloud souverain. Les dépenses européennes pour les infrastructures cloud souveraines devraient croître de 83 % en 2026 seulement et presque tripler entre 2025 et 2027, passant de 6,9 milliards à 23,1 milliards de dollars. À l’échelle mondiale, les dépenses en IaaS cloud souverain sont projetées à 80 milliards de dollars en 2026.

Le cloud souverain désigne ici spécifiquement les infrastructures dont les données ne sont pas soumises à l’accès de gouvernements étrangers. Les chiffres de croissance reflètent un marché qui est passé du traitement de la souveraineté des données comme une obligation de conformité à son traitement comme une exigence d’infrastructure fondamentale.

Le Sovereignty Washing

Le 18 mars 2026, l’association sectorielle cloud CISPE a adressé un avertissement à la Commission européenne au sujet de ce qu’elle a appelé le « sovereignty washing » : une pratique par laquelle les grands fournisseurs cloud américains proposent des produits estampillés UE, des garanties de résidence des données en Europe et des certifications de conformité spécifiques à l’UE, tandis que les entreprises sous-jacentes restent soumises au droit américain et donc au CLOUD Act.

La position de CISPE est qu’aucun stockage local en UE ne résout le problème fondamental lorsque le fournisseur lui-même est une entité américaine. Une société immatriculée aux États-Unis peut être contrainte de produire des données quelle que soit leur localisation physique. Le label « cloud UE » est, dans cette lecture, une affirmation commerciale plutôt qu’une garantie juridique.

Ce Que La Souveraineté Des Données Signifie Au Niveau Des Fichiers

Le lancement d’Office.eu et le mouvement pour le cloud souverain traitent les données au repos et les données en transit au sein des infrastructures cloud. Ils déplacent le serveur en Europe. Ils ne suppriment pas le serveur.

Les fichiers téléversés sur Office.eu pour être édités, convertis ou stockés transitent toujours vers une infrastructure externe et y résident ; infrastructure qui est désormais de propriété européenne plutôt qu’américaine. Cela importe considérablement pour les organisations soucieuses de l’exposition au CLOUD Act. Cela ne résout pas ce qui se passe lorsqu’un fichier est traité par un outil qui journalise les contenus, conserve les documents au-delà de la session, ou est lui-même compromis.

Le traitement de fichiers dans le navigateur comble cet écart différemment. Lorsqu’un fichier est converti, compressé ou modifié dans un onglet de navigateur via WebAssembly, il ne transite vers aucun serveur, qu’il soit européen ou non. Le fichier reste sur l’appareil de l’utilisateur pendant toute l’opération. Il n’y a pas de téléversement, pas de centre de données, pas de question de juridiction et pas de politique de rétention. Le document est traité localement et réécrit sur l’appareil.

Le mouvement européen pour le cloud souverain est une réponse structurelle significative à un problème juridique réel. Pour le traitement de fichiers en particulier, l’exécution locale va plus loin en éliminant entièrement la couche d’infrastructure de l’équation.


Sources